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- Paul ARIES, La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance , Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2010, 308 pages, 16 € - Franz BROSWIMMER, Une brève histoire de l'extinction en masse des espèces (Ecocide, a short history of the mass extinction of the specises) , Marseille, Agone, collection « Eléments », 2010, 264 pages, 12 € - Vincent GAY, coord., Pistes pour un anticapitalisme vert , Paris, Syllepse, 2010, 130 p., 7 € - Arno MUNSTER, Réflexions sur la crise : éco-socialisme ou barbarie , Paris, L'Harmattan, 2009, 112 p., 12 €
Paul ARIES, La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance , Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2010, 308 pages, 16 €. Juillet 2010* Mots clefs : écologie – décroissance – capitalisme – socialisme – extrême gauche. Paul Ariès, dont la production scripturale est pour le moins abondante, livre ici une défense de son positionnement antiproductiviste et décroissant, souhaitant contribuer à l'abandon par la gauche de son productivisme traditionnel. Il commence par critiquer l'actuel capitalisme vert, et c'est sans doute là une des parties les plus intéressantes de son ouvrage. Dénonciation des nouvelles technologies censées moins polluantes (empreinte carbone des connexions internet, effets négatifs des ampoules basse consommation), du système des droits à polluer favorisant les plus riches, ou même de Yann Arthus-Bertrand et de son film Home , qui ne s'attaque pas aux racines du problème écologique, la liste des cibles est longue, et culmine dans la critique des technosciences. Se rapprochant en cela du collectif Pièces et main d'œuvre (voir leurs ouvrages chroniqués sur notre site), Paul Ariès alerte sur les dangers des transhumains et des partisans des HGM (humains génétiquement modifiés), ne résolvant pas pour autant la question cruciale des limites à fixer quant aux manipulations sur le vivant, dont certaines des potentialités sont indubitablement progressistes. Dans sa condamnation du productivisme de gauche, il n'évite d'ailleurs pas les propos polémiques, en semblant réduire ce dernier au « socialisme réellement existant », lorsqu'il parle de « fable » au sujet de la socialisation des moyens de production, ou qu'il juge « les peuples occidentaux (…) déjà perdus pour la révolution » (p.79), du fait des succès de l'hypercapitalisme, qui a conduit à une aliénation profonde et générale par le biais de la marchandisation universelle. Face à une gauche productiviste optimiste, celle de Marx analysée au prisme de Denis Collin ( Le cauchemar de Marx , chroniqué sur ce site), non sans certaines simplifications (1), il oppose une gauche antiproductiviste mais pessimiste, celle des socialistes chrétiens, des socialistes utopiques, des libertaires, de Henri Lefebvre, Rudolf Bahro, des situationnistes, de l'Ecole de Francfort jusqu'à Alain Accardo (voir également Le petit-bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes chroniqué sur ce site). En une synthèse de ces deux tendances de fond, il défend finalement un antiproductivisme optimiste, en retenant les refus populaires des progrès techniques (se rapprochant en cela de François Jarrige : Face au monstre mécanique. Une histoire des résistances à la technique , chroniqué sur ce site), et les luttes contre le travail, sans pour autant fixer de limites claires. Refusant un certain nombre d'objets de consommation, du 4x4 à la cravate (!), il fait l'éloge de la simplicité et de la lenteur, plaçant ses espoirs dans la démotivation des gens au travail, la désobéissance civile par une hypothétique grève générale de la consommation, les expérimentations collectives de toutes sortes mais également les efforts individuels… Un livre qui ne peut laisser indifférent, même si on n'est pas nécessairement totalement en accord avec ses préférences pour le style de vie plutôt que le niveau de vie, pour la gratuité et les droits sociaux plus que le pouvoir d'achat. En outre, cet essai souffre de redites fréquentes, voire d'une certaine tendance ponctuelle au bavardage, tout en manquant sur bien des points simplement cités de développements détaillés (la condamnation de la poussette, par exemple). Jean-Guillaume Lanuque (1) Ainsi sur la question du colonialisme, il ne retient que le jugement favorable de Marx, au détriment d'une prise en compte de l'évolution dialectique de sa pensée.
Franz BROSWIMMER, Une brève histoire de l'extinction en masse des espèces (Ecocide, a short history of the mass extinction of the specises) , Marseille, Agone, collection « Eléments », 2010, 264 pages, 12 €. Juillet 2010* Mots clefs : écologie. Déjà édité une première fois en 2003 par les éditions Parangon, ce petit opuscule de l'universitaire hawaïen Franz Broswimmer est ici préfacé par Jean-Pierre Berlan, qui oppose Jared Diamond (auteur du succès de librairie Effondrement ), inscrit dans l'idéologie néo-libérale, et Franz Broswimmer, dont la critique se centre sur les rapports de domination, avec l'émergence dès le néolithique de classes dominantes. Tout au long de son étude synthétique, ce dernier se penche en fait sur les divers écocides, compris comme extinctions de masse des espèces, celui perpétré par l'humanité s'inscrivant dans la suite de ceux de la Préhistoire, œuvres d'une nature aveugle. Il livre ce faisant un excellent résumé de l'évolution menant à l' homo sapiens sapiens , insistant sur le rôle essentiel de la maîtrise du feu, en tant que moyen de briser les rythmes strictement naturels et de favoriser l'éveil de la conscience. Le premier élément d'écocide humain qu'il repère concerne la disparition de la mégafaune par une chasse intensive, au quaternaire récent. Et d'emblée, un problème se pose : quelle responsabilité peut-on imputer à l'espèce humaine, sachant qu'elle n'avait aucune connaissance, à l'époque, des implications de ses actions à l'échelle de l'écosystème terrestre ? Le terme d'écocide, qui évoque inévitablement celui, hautement culpabilisant, de génocide, impliquant d'ailleurs une volonté délibérée, est-il bien approprié ? Quelle alternative existait-il à l'époque, ne peut-on parler ici de nécessité ? On le voit, l'anachronisme n'est pas loin. Il en est d'ailleurs de même en ce qui concerne les exemples que Franz Broswimmer prend dans l'Antiquité ou le Moyen Âge, de la Mésopotamie où les sols subissent une progressive salinisation, à la déforestation des rivages de la Méditerranée par les Grecs, en passant par les Mayas ou les Pascuans, déjà mis en valeur par un Jean Chesneaux (voir L'engagement des intellectuels. 1944-2004. Itinéraire d'un historien franc-tireur , chroniqué sur notre site). Au risque d'ailleurs de surestimer cette donnée écologique dans la « chute » de certaines civilisations, en particulier pour les Grecs… ou pour l'URSS ! Le véritable changement d'échelle correspond aux débuts du processus de mondialisation et du capitalisme, la nature devenant alors une simple marchandise. A partir de 1492, la diversité des espèces connaît une chute drastique, à travers le commerce des fourrures ou la pêche commerciale de la baleine, la domination progressive de l'Europe se matérialisant aussi dans la diffusion de sa faune et de sa flore. Avec l'impérialisme moderne et les guerres qui en découlent, l'écocide franchit un palier supplémentaire, tant les armes de destruction massive provoquent de ravages écologiques (Seconde Guerre mondiale, Vietnam). L'auteur montre d'ailleurs très bien que le plus gros pollueur n'est autre que le complexe militaro-industriel ! Tout au long de son exposé, la liste véritablement saisissante des disparitions d'espèces a de quoi impressionner. Tenté par une accusation du milliard d'habitants le plus riche, Franz Broswimmer distingue heureusement la surconsommation des plus riches, attribuant une responsabilité majeure au néo-libéralisme, avec l'exemple des plans d'ajustement structurel qui, augmentant le montant de la dette à rembourser, intensifient l'exploitation des ressources naturelles des pays concernés. Ses perspectives d'avenir sont par contre quelque peu confuses : la suppression du capitalisme n'est pas clairement énoncée, même si le capitalisme vert ou la responsabilisation individuelle au détriment de celle des entreprises sont clairement critiqués. Les alternatives proposées se résument essentiellement à une « démocratie écologique » et une « propriété publique mondiale équitable » : il y a donc là de quoi poursuivre la réflexion. Jean-Guillaume Lanuque
Vincent GAY, coord., Pistes pour un anticapitalisme vert , Paris, Syllepse, 2010, 130 p., 7 €. Juillet 2010* Mots clés : Anticapitalisme, écologie, nature, climat, biodiversité, marxisme, écologie politique, écosocialisme, travail Avec ce premier volume les éditions Syllepse inaugurent une nouvelle collection, Les Cahiers de l'émancipation , dont le principe reprend celui de feu Les Cahiers de Critique communiste. Sur le même principe, ces Cahiers de l'émancipation rassemblent autour d'un thème commun (sont indiqués à paraître un volume autour du féminisme et un autre sur la question des discriminations) un ensemble d'auteurs qui offrent des articles cursifs. Après une introduction assez banale du coordinateur du volume, le lecteur découvrira six articles d'un exceptionnel intérêt (au moins pour cinq d'entre eux). L'économiste François Chesnais ouvre le bal avec une contribution de haut niveau sur la place de l'écologie dans le projet révolutionnaire du XXIe siècle. Daniel Tanuro lui succède pour une relecture de Marx à l'aune de la distinction des types d'énergie, indiquant la confusion dans la tradition marxiste entre l'énergie de flux et celle de stock, avec toutes les conséquences théoriques et politiques qui en découlent. A mon avis, bien que très ramassé, cette contribution domine le recueil par la pénétration des arguments avancés. Suit un impressionnant tableau des dégâts que le capitalisme cause jour après jour à la biodiversité, même si le ton apocalyptique d'Armand Farrachi mériterait sans doute d'être un peu relativisé. Laurent Garrouste développe un aspect trop rarement évoqué dans l'argumentation écologiste, y compris la plus radicale, l'articulation entre l'exploitation au travail et les conséquences sur la santé des travailleurs. L'intérêt du lecteur retombe hélas d'un sérieux degré à la découverte de la contribution de Manuel Gari sur le changement climatique. Non que le thème soit négligeable, bien au contraire. Mais l'auteur se contente d'aligner un certain nombre de poncifs tout droit issus des conférences intergouvernementales et recommandations d'experts, sans que la dimension de luttes n'émerge vraiment de son propos. Enfin, il revient à Vincent Gay de conclure par un texte traçant utilement les linéaments de la naissance de l'écologie politique avant 1968. On l'aura compris, ces Cahiers de l'émancipation inaugurent de manière très stimulante intellectuellement une nouvelle collection sur un thème aujourd'hui décisif pour la pensée radicale. Le lecteur ne peut que souhaiter le prolongement d'un tel effort, en espérant qu'un tel niveau de qualité soit toujours au rendez-vous. Georges Ubbiali
Arno MUNSTER, Réflexions sur la crise : éco-socialisme ou barbarie , Paris, L'Harmattan, 2009, 112 p., 12 €. Juillet 2010* Mots clés : Philosophie, crise, Habermas, Gorz, écologie, Il faut avertir d'entrée de jeu le lecteur qui serait, comme le chroniqueur, attiré par le titre du petit livre qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. L'impression dominante à la lecture est celle d'un philosophe prestigieux (Son André Gorz ou le socialisme difficile , Lignes, 2008, est chroniqué sur ce site), pressé d'intervenir politiquement, mais qui mélange un peu tout, ou plutôt qui aligne bout à bout ses différentes humeurs du moment. Cela donne des chapitres intéressants, par exemple l'éclairage sur le livre de Hilferding, Le capital financier , ou sur la crise de 29 (même s'il ne fait que synthétiser les idées exprimées par d'autres). Mais certains chapitres (heureusement cursifs), ainsi celui sur la crise universitaire, arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe. Bref, Münster mélange des réflexions d'ordre philosophique (la notion de crise dans la philosophie ou la crise dans la sociologie d'Habermas, voire dans la phénoménologie husserlienne) et les considérations les plus terre à terre sur la chronique des jours (la crise de la démocratie par exemple, aspect qui a été traité de manière autrement plus intéressante par bon nombre de travaux récents). Bref, son livre est une sorte de salmigondis, un patchwork où les dimensions qui auraient pu être stimulantes sont entrelardées de commentaires sans grand relief. Münster ne se fait d'ailleurs pas économe de jugements normatifs, par exemple sur les classes sociales (reprenant les analyses d'Alain Touraine, abondamment cité, sur le dépassement de la classe ouvrière) ou sur certaines forces politiques (le NPA tancé pour ne pas avoir cédé aux sirènes du Front de gauche). Le tout au service d'une analyse proclamant le dépassement de l'affrontement révolutionnaire au profit d'une extension sans limite de la démocratie. Selon son point de vue, il suffirait, dans une perspective nourrie à la fois par Habermas et Gorz, d'apprivoiser le capitalisme globalisé pour obtenir des transformations globales : « il s'agit en bref de renforcer la démocratie politique contre l'autoritarisme des marchés globaux », p. 96. Nouveau défenseur des réformes radicales, Münster oublie un peu rapidement que la démocratie c'est comme le bonneteau. « Pile je gagne, face tu perds ». Et lorsque cette règle intangible vient à être remise en question, celui qui tient les cartes s'enfuit. Quand les Etats-Unis ont pressenti que leurs intérêts économiques pouvaient être remis en cause par l'accession au pouvoir d'un gouvernement de gauche au Chili, ils ont vite mis la démocratie sous le boisseau. Les exemples historiques sont hélas bien trop nombreux et systématiques pour penser que la conquête majoritaire du pouvoir ne suffira sans doute pas à permettre de « dompter les marchés ». Georges Ubbiali
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